"Introduction à la civilisation musulmane." Partie 5 et fin

Publié le par lieutenantrahmani

Epilogue

 

L'Occident fait croire aux Musulmans que leur religion est un obstacle au progrès. Le mot progrès prend des sens différents selon les peuples. Cependant, même dans le sens moderne et largement accepté du terme, il n'a jamais été entravé par l'Islam. Au contraire, l'Islam s'est montré être un catalyseur sans égal.

 

Le 7ème siècle a vu la naissance de la Civilisation Islamique, qui est devenue en un siècle la première puissance militaire et économique du monde.

 

Au début du 9ème siècle, les Musulmans ont établi des Centres de Connaissances, dans lesquels tout d'abord l'héritage scientifique et culturel du monde a été traduit en arabe à partir du grec, du sanscrit et du perse. Ces Centres ont ensuite été utilisés comme des tremplins vers le progrès et l'avancement scientifiques et technologiques. Les Musulmans y ont tracé de nouveaux chemins et ont atteint des sommets jusque-là inconnus. Ce fut la raison primordiale de la suprématie de la Civilisation Islamique pendant presque un millénaire.

 

La mise à sac de Baghdâd et les ravages des grands Centres de Connaissances par les Mongols au 13ème siècle, ainsi que la destruction de la plus grande bibliothèque du monde à Cordoue en Espagne, ont été des pertes inestimables et irréparables. A cela s'ajoutent les autodafés suivant la conquête espagnole de Grenade au 15ème  siècle. Le progrès scientifique dans le monde Musulman a donc t stoppé au 16ème siècle, puis a commencé à décliner au 17ème.

 

Une conséquence directe de ce déclin a été la décadence du pouvoir politique musulman au 18ème  siècle, avec comme corollaire un assujettissement de tous les pays islamiques au 19ème  par les nations européennes, dès lors plus avancées. Ces nouveaux « maîtres» avaient peu d'intérêt à éduquer les peuples musulmans qu'ils gouvernaient car l'ignorance de ces peuples était la garantie de leur domination Politique. L'éducation générale était parfois même découragée, comme dans le cas de l'Algérie française. Cependant, ce blâme doit être partagé par la masse de la population musulmane qui a souvent été réfractaire à ce qu'elle appelait «l'éducation des maîtres étrangers ».

 

Les efforts infatigables de certains réformateurs du monde musulman ont entraîné un début d'éclaircissement, dont le résultat fut l'indépendance de la quasi-totalité des pays musulmans au 20ème  siècle. On peut penser qu'avec l'enseignement généralisé et le progrès de la recherche scientifique dans les pays musulmans, la Civilisation Islamique va regagner au cours du  21ème  siècle son statut perdu et va être de nouveau dans les premiers rangs des civilisations mondiales.

 

L'auteur termine en soulignant un fait d'une importance primordiale. Lorsque les Musulmans ont commencé leur progrès scientifique, ils n'ont pas ouvert des instituts où la science a été enseignée en grec ou sanscrit. La connaissance accumulée du monde a tout d'abord été traduite et transférée en langue arabe, et c'est ensuite que le progrès a commencé. De la même manière, l'Europe du Moyen Âge n'a pas ouvert d'écoles en langue arabe, la langue scientifique de l'époque. Elle a traduit et ainsi transféré la connaissance accumulée de l'arabe au latin dès le 12ème siècle. Plus tard, lorsque le latin a perdu sa primauté, chaque nation européenne a traduit ces trésors dans sa langue respective. Les Allemands ont continué le progrès en langue allemande, les Français en langue française, et ainsi de suite.

 

Selon Toynbee, l'historien britannique du 20ème siècle : « Une société meurt rarement de causes naturelles; elle meurt de suicide ou de par les ravages d'envahisseurs – presque toujours de suicide. » Il conclut que le processus de désintégration commence lorsque les sociétés ne répondent pas de manière adéquate aux nouveaux défis en n'utilisant pas leurs facultés créatives. Elles tombent alors dans la pratique du mimétisme. Cependant, cette mage lucide du 20ème siècle avait déjà été esquissée par un savant musulman du 14ème siècle, Ibn Khaldun, le premier à écrire sur la philosophie de l'histoire. Dans sont célèbre ouvrage Al-Mu qaddima, il dit : «Le vaincu cherche toujours à imiter le vainqueur dans ses manières, son habillement, ses occupations et dans toutes ses autres coutumes. L'explication de cela est que l'esprit humain voit toujours la perfection dans la personne qui lui est supérieure et à laquelle il est soumis. Il la considère comme parfaite, soit parce que le respect qu'il a pour elle l'impressionne, soit parce que, à tort, il pense que son propre assujettissement n 'est pas dû à la nature de sa défaite mais plutôt à la perfection du vainqueur. S'il s'en tient à cette attitude fausse, cela s'impose à lui comme une croyance solide. Alors, l'esprit adopte les manières du vainqueur et il finit par s'assimiler à lui. Il s'agit donc d'une imitation. »

 

Le dernier conseil aux nations en voie de développement est qu'elles doivent apprendre les langues étrangères – la connaissance, après tout, équivaut à la puissance - mais ne doivent pas tomber dans l'illusion qu'elles atteindront le progrès uniquement en adoptant des langues étrangères. À cela, il n'y a pas de précédent historique!

 

 

Adenda

INTRODUCTION À L'ISLAM

 

L'Islam est parfois considéré comme une religion compliquée ou contraignante alors qu'il n'en est rien. Le bref exposé qui suit sert à présenter l'essentiel du dogme et de la théologie de l'Islam.

 

1. Pour devenir musulman il suffit de proclamer la double attestation: «Il n'y a pas de dieu sauf Dieu, et Muhammad est Son Messager. »

 

2. La foi du Musulman se base sur la croyance en: (i) Dieu, (ii) Ses Anges, (iii) Ses Livres (Coran, Évangile, Torah...), (iv) Ses Messagers (Muhammad, Jésus, Moïse, Joseph, Jacob, Abraham, Noé...), (y) le Jour du Jugement, (vi) le Destin - bon ou mauvais - qui vient de Dieu et (vii) la Vie après la Mort.

 

3. Les cinq obligations qui incombent à un Musulman, connues comme étant les cinq piliers de l'Islam, sont : (1) la Shahâda, la double attestation de foi, (ii) la Çalât, les cinq prières rituelles quotidiennes, (iii) le Çzyâm, le jeûne du mois de Ramadan, (iv) la Zakât, qui est un impôt annuel de 2,5 % sur les richesses accumulées depuis au moins un an, et enfin (y) le Haj], le pèlerinage à Makka (la Mecque), une fois dans la vie, si l'on a les moyens financiers et physiques de le faire.

 

4. Le Coran (Al-Qur'ân) est la Parole de Dieu révélée au Prophète Muhammad, que la paix soit sur lui, par l'Archange Jibrîl (Gabriel). Le message essentiel du Coran est l'appel à reconnaître l'Unicité de Dieu  (at- Tawhîd), notamment par la méditation sur la Création; il contient également de nombreux rappels de l'Histoire de l'Humanité (peuples et Messagers passés...), ainsi qu'un ensemble de codes moraux fondateurs. Le Coran invite de façon répétée à penser, à réfléchir, à méditer sur le Message de Dieu: «Avez-vous traité de mensonges Mes signes sans les avoir embrassés de votre savoir?» (Coran, 27: 84).

 

5. La principale division au sein de l'Islam est celle des Sunnites et des Shiites. Bien que plusieurs différences se soient ajoutées au cours des siècles, la divergence fondamentale entre les deux groupes porte sur le choix de la personne qui devait diriger la Communauté après la mort du Prophète, que la paix soit sur lui. Selon les Sunnites, la Communauté était libre de choisir son dirigeant - ce qu'elle fit en la personne d'Abû Bakr Aç-Çiddîq -, tandis que pour les Shiites le commandement allait de droit à 'Ali Ibn Abî Tâlib, le cousin et gendre du Prophète, et par suite aux descendants de sa famille. La majorité des Musulmans sont Sunnites, soit environ 89%. Les Shiites constituent environ 10% de la population musulmane mondiale.

 

6. La Sunna est la tradition du Prophète et le Hadîth est sa parole. La Sunna et le Hadîth du Prophète ont été soigneusement vérifiés et enregistrés. Les Çihâh Sitta (Les Six Recueils Authentiques) sont les six compilations de hadîths les plus célèbres des savants AI-Bukhârî, Muslim, At-Tirmidhî, Abû Dâwûd, An-Nasâ'î et Ibn Mâjah. Les oeuvres des deux premiers, A1-Bukhârî et Muslim, sont hautement estimées et sont connues sous le nom de Çahîhayn (Les Deux Recueils Authentiques).

 

7. La Sharî'a est la Loi Islamique et le Code de Conduite, tandis que le Fiqh est l'étude de la Jurisprudence Islamique. Les quatre sources de la Loi Islamique sont par ordre d'importance et de fiabilité : (I) le Coran, (ii) la Sunna, (iii) l'Ijma'a (le consensus des savants) et (iv) le Qiyâs (raisonnement par analogie). Lorsqu'un problème est soulevé, la solution est d'abord recherchée dans le Coran puis dans la  Sunna. Si le problème spécifique n'est pas référencé dans ces deux sources, le consensus des savants est respecté. Cependant, s'il n'y a pas de consensus, alors la solution est recherchée par analogie aux autres problèmes traités dans le Coranou la Sunna.

 

8. L'Islam sunnite a quatre écoles de pensée principales, avec des variations mineures, dans le domaine de la jurisprudence Islamique. (i) Les Hanafites, qui suivent la pensée de l'Imâm Abû Hanifa, (ii) les Malékites, les disciples de l'Imam Mâlik, (iii) les Shafiites, l'Imâm Ash-Shâfi' î, et (iv) les Hanbalites, qui suivent I'Imâm Ahmad Ibn Hanbal. Un Sunnite peut librement suivre les décrets et décisions d'une ou de plusieurs de ces quatre écoles ou d'autres. Les Shiites suivent le  Fiqh Jafariya, qui est l'interprétation de la Jurisprudence Islamique faite par l'Imâm Ja'fâr Çâdiq. La majorité des Musulmans sunnites adhèrent à l'école de pensée hanafite, laquelle est prépondérante au Bangladesh, au Pakistan et en Turquie.

 

9. Une Fatwâ est un édit religieux déclaré par un Muftî, un expert de la Loi Islamique autorisé à donner des décisions légales concernant les affaires religieuses. Il faut remarquer qu'une fatwâ n'a pas valeur d'obligation pour le Musulman qui a le libre choix d'accepter ou non toute fatwâ déclarée.

 

10. Le Jihâd désigne littéralement «l'effort dans la Voie de Dieu ». Ce terme est souvent traduit par « Guerre Sainte », alors que cette expression ne représente qu'une partie du sens du terme. Cependant, lorsque Jihâd est utilisé dans le sens de guerre, cela s'entend comme strictement défensive, c'est-à-dire pour défendre la Communauté musulmane de l'attaque des non-musulmans. [Le mot utilisé pour désigner la guerre offensive, est en Arabe, «harb »]. Rappelons que le grand Jihâd désigne l'effort personnel que doit fournir le Musulman dans sa vie quotidienne afin de se soumettre à la Volonté de Dieu.

 

11. La grande majorité des Hanafites suivent les doctrines religieuses de l'Imâm Al-Mâturîdî de Samarkand, détaillées dans son livre Kitlb at-Tawhîd (Le Livre de l'Unicité de Dieu). Le reste des Hanafites, ainsi que les Malékites et les Shafiites, suivent les doctrines de Abû Hasan 'Ali Al-Ash' art

Les Hanbalites se conforment aux doctrines de l'Imâm Ibn Hanbal en théologie ainsi qu'en jurisprudence.

 

12. Les enseignements du Coran, donc l'Islam, sont basés sur un principe fondamental: « Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même; et quiconque s'égare, ne s'égare qu'à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d'autrui.» (Coran, 17: 15).

 

Terminons avec les Douze Commandements donnés dans la sourate 17 du Coran (17: 23-37) qui donnent une idée de ces enseignements et peuvent être comparés aux Dix Commandements de la Bible. Ils sont à la base de la Loi Islamique et ainsi, de tout État Islamique.

 

I. N'adorez que Lui.

II. Marquez de la bonté envers les père et mère.

III. Donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu'au pauvre et au voyageur. (cf Droit de l'Homme).

IV. Ne gaspille pas indûment. Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou, et ne l'étends pas trop largement non plus (Choisis le juste milieu).

V. Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté.

VI. N'approchez point la fornication.

VII. Ne tuez point la vie qu'Allh a rendu sacrée, sauf en droit.

VIII. N'approchez les biens de l'orphelin que de la façon la meilleure.

IX. Remplissez l'engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements.

X. Donnez la pleine mesure, et pesez avec une balance exacte.

XI. Ne poursuis pas ce dont tu n'as aucune connaissance.

XII. Ne foule pas la terre avec orgueil.

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