Introduction à la Civilisation musulmane. Partie 2

Publié le par lieutenantrahmani

10ème siècle : première moitié

 

909. Début du Califat Fatimide en Ifriqiya.

 

909-1171. Califat Fatimides en Ifriqiya, Égypte et Syrie.

 

929-1031. Califat Omeyyade en Espagne. Capitale: Cordoue. 'Abd Ar-Rahmân III (m. 961), devenu Émir en 912, se proclame Calife.

 

943. Ibn Tughj est chargé par le Calife de Baghdâd du gouvernement de l'Égypte pendant 30 ans et reçoit le titre d'Ikhshid. Les Fatimides mirent fin au régime Ikhshid en 969.

 

Science et technologie

 

* L'éminent astronome et mathématicien Abû 'Abdullâh Muhammad Ibn Jâbir Al-Battânî (m. 929) originaire de Harran, latinisé sous le nom  d'Albatenius ou Albategnus. Contredisant Ptolémée, il prouve que la position de l'apogée du soleil est variable et que des éclipses solaires annuelles sont possibles. Il a généralisé la loi des cosinus pour les triangles sphériques et a remplacé la corde dans les travaux et les tables de Ptolémée par le sinus Sa Théorie des Planètes basée sur la trigonométrie fut étudiée avec soin par les futurs astronomes européens, tels que Copernic, Galilée, Kepler et Newton. Il a non seulement introduit  la fonction sinus en trigonométrie mais a aussi favorisé l'utilisation de la fonction tangente et cotangente. C'est en utilisant les cotangentes qu'il a déterminé l'inclinaison de l'écliptique et la précession des équinoxes avec une grande précision. Il a imaginé une nouvelle théorie afin de déterminer les conditions de visibilité de la lune, un aspect pratique important dans le calendrier musulman.

 

* L'algébriste égyptien Abû Kâmil Shuja Ibn Aslam (m.-930), surnommé Al-HâsibAI-Miçrî (Le Comptable d'Égypte). Il a continué le travail d'Al-Khwârizmî et a donné de nouvelles formules concernant le pentagone et le décagone. Son travail, tout comme celui d'Al-Khwârizmî, fut introduit et repris en Europe par l'italien Léonard Fibonacci de Pise.

 

* Le mathématicien Ibrâhîm Ibn Sinân Ibn Thâbit (m.946), petit-fils de Thâbit Ibn Qurra. Il a travaillé sur les sections coniques et l'aire de la parabole ainsi que sur les conoïdes. Le monde des mathématiques a profondément regretté sa mort précoce, à l'âge de 38 ans.

 

* Le mathématicien Ab Au Nassar Muhammad, pionnier dans l'utilisation du sinus en trigonométrie plane et sphérique.

 

* Le mathématicien, astronome et astrologue, 'Ali Ibn Ahmad Al-'Imrânt (m. 955), qui a écrit un commentaire sur l'algèbre d'Abu Kâmil.

 

* L'arithméticien Nazîflbn Yumn Al-Qâç.

 

* L'astronome Husayn Ibn Muhammad Ibn Hamîd connu sous le nom d'Ibn A1-Âdamî.

 

* Les astronomes Amajur et son fils, qui ont édité des tables astronomiques et corrigé le travail de Ptolémée.

 

* 'Abbâs Ibn Firnâs, un ingénieur de génie (m. 921). Il a construit la première machine volante de l'Histoire de l'Humanité dirigée par la force humaine; son expérience eut lieu en Espagne, en 880. À cause d'une imperfection lors de l'atterrissage, il devint le sujet de poèmes satiriques. La défectuosité était due à l'absence de dérive arrière, une nécessité aérodynamique. Outre la mise au point d'une grande horloge, il a construit un planétarium dans lequel il présentait non seulement les planètes et les étoiles, mais aussi les nuages et les éclairs. C'était également un musicien reconnu.

 

 

Lettres et culture -

 

* Abû Nasar Muhammad Al-Farabi, latinisé en Alpha-rabius ou Aifarabi (m. 950). Né dans le district de Farab dans le Turkestân, on le surnomme  Al-Mu 'allim Ath-Thânî (Le Second Maître) dans le domaine de la philosophie; Aristote étant considéré comme le premier.

Commentateur d'Aristote, il a écrit d'importants traités sur l'intelligence, l'âme et ses facultés. En sciences politiques, ses travaux les plus connus sont Al-Madîna ai-Fadîla (L'État Idéal) et Siyâsiyât al-Madîna (Politiques d'État), le premier étant aussi célèbre que «La République» de Platon. En philosophie, nous pouvons citer son important ouvrage Tahçil as-Sa'ada (Acquisition du Bonheur). Dans un autre traité,  Ihçâ'al-Ulum (Classification des Sciences), il a classifié le savoir en cinq branches 1) la Linguistique et la Philologie, 2) la Logique, 3) les Sciences Mathématiques subdivisées en arithmétique, géométrie, astronomie, mécanique et sciences gravitationnelles, 4) la Physique et la Métaphysique, 5) les Sciences Politiques, Juridiques et Théologiques. C'est la première fois qu'une classification reposant sur des critères scientifiques est établie. C'est également un des meilleurs théoriciens en musique, auteur d'une œuvre monumentale Kitâb al-Mûsîqî al-Kabîr (Le Grand Livre de la Musique) et de quelques-uns des plus anciens chants des derviches mawiawites. On lui attribue en outre 126 livres et traités. Il fut le maître d'Ab 'Ali Ibn Smnâ (Avicenne).

 

10ème siècle: seconde moitié

 

969 Conquête de l'Égypte par les dirigeants Fatimides de Tunisie.

 

972-1167. Règne de la Dynastie Ziride en Ifriqiya.

 

973. Fondation de la ville d'Al-Qâhira (Le Caire) par le Souverain Fatimide Al-Mu'iz (m.975). L'ancienne cité de Fustât date de 643.

 

Science et technologie

 

* L'arithméticien et astrologue Abû As-Saqar 'Abd AI-'Aztz Ibn 'Uthmân Al-Qâbisî, latinisé en Alcabitius (m. 967), disciple de 'Ait Al-'Imrânî. Il est l'auteur de deux ouvrages célèbres: «Sur la Conjonction des Planetes» et «Introduction à l’Art de l’Astrologie », qui ont été traduits et largement diffusés en Europe dès l'apparition de l'imprimerie.

 

* Le mathématicien Abû Ja'far Al-Khâzint du Khurâsân (m. 971), qui s'est spécialisé dans l'algèbre et la géométrie. Il a résolu le fameux problème de l'équation cubique d'Al-Mahânt grâce aux sections coniques.

 

* Abû Al-Hasan Ahmad Ibn Ibrahim A1.-Uqlîdîsî (L'Euclidien) (m.-980), qui était un si grand mathématicien qu'on lui donna le surnom du célèbre mathématicien grec Euclide. Il a écrit d'importants traités sur les fractions décimales dont le plus connu est  Kitâb al-Fusul fi al-Hisâb al-Hindî (Livre de l'Arithmétique Indienne). À une certaine époque, on croyait que les fractions décimales avaient été introduites pour la première fois par le mathématicien belge Simon Stevin (m. 1620). Ensuite, une recherche approfondie a démontré l'extrême importance des travaux d'Al-Kâshî (m. 1429) dans ce domaine. Aujourd'hui, on reconnaît que c'est l'oeuvre d'Al-Uqlîdîst rédigée à Damas vers 952,  qui prime sur tous ces travaux. C'est donc lui qui a introduit le concept des fractions décimales.

 

* Abû Al-Wafâ' Al-Buzajânî de Buzjân en Perse (m.997/8), qui est considéré comme l'un des plus grands mathématiciens musulmans. Il a écrit plusieurs commentaires sur les travaux d'Al-Khwârizmî, de Diophante et d'Euclide. Sa contribution majeure reste cependant ses recherches en trigonométrie : il a inventé les fonctions sécantes et cosécantes, prouvé la généralité du théorème du sinus pour les triangles sphériques et déterminé une nouvelle méthode pour calculer les tables de sinus. Il a considérablement amélioré les méthodes de calcul des triangles sphériques par l'emploi de la tangente et de la règle des quatre segments relative au triangle, en remplacement de celle des six segments relative au quadrilatère, donnée par Menelaüs. Son oeuvre la plus connue est Kitâb al-Handasa (Traité de Géométrie).

 

* Le mathématicien Abû Mahmûd Hamîd Ibn AI-Khidr Al-Khujandî (m. 1000) de la région du Syr-Daria (Iaxarte). Il a donné son théorème du sinus pour les triangles sphériques et a prouvé que la somme de deux cubes ne peut être égale à un cube. Cependant, l'affirmation qu'il n'y a pas de solutions rationnelles à a3 + b3 = c3 est maintenant connue comme un cas spécifique du dernier théorème de Fermat, d'après le nom du mathématicien français du 17ème  siècle, Pierre de Fermat.

 

* L'astronome et mathématicien 'Abd Ar-Rahmân Çûfi de Perse, latinisé en Azophi (m. 986). Il a établi en 964 un catalogue, Kitâb al-Kawjlkib ath-Thâbit al-Musawwar (Le Livre des Étoiles Fixes), contenant la première observation de la galaxie d'Andromède, qui ne fut redécouverte qu'en 1612 par l'astronome allemand Simon Marius, peu de temps après l'invention du télescope.

 

* Le médecin Abû Mançûr Muwaffaq de Herat en Afghanistan. Il est l'auteur d'un traité médical en persan, Kitâb al-Abniya 'an Haqâ'iq al-A dwiya (Traité sur les Remèdes). Ce livre, connu en Occident sous le nom de Codex Vindobonensis, décrit 585 remèdes différents. Il est de grande importance du point de vue pharmaceutique.

 

* Le médecin 'Ali Ibn 'Abbas, natif du sud de la Perse, dont le nom fut latinisé en Haly Abbas (m. 994). Son ouvrage principal, Kit4b al-Malakî (Liber Regius, Le Livre Royal et l'Art de la Médecine), à la fois pratique et théorique, souligne les erreurs et les idées fausses des travaux d'Hippocrate et de Galien. Dans un autre livre, «Traité sur la Médecine» paru en 970, il mentionne pour la première fois l'existence des capillaires en plus des artères et affirme que la rougeole est contagieuse.

 

*Abû Al-Qâsim Khalaflbn 'Abbas Az-Zahrawî, latinisé en Abulcassis ou Albucasis. Né à Madînat az-Zahra, près de Cordoue en 936, il est décédé en 1013. C'était un grand médecin et le plus grand chirurgien du monde musulman. Il est l'auteur du Kitlb at-Taçrf (Le Livre des Méthodes) qu'il a écrit après avoir exercé la médecine pendant cinquante ans. Ce livre comprend trois parties : la première concerne la cautérisation ; la seconde détaille les opérations nécessitant l'utilisation d'un scalpel, parle de chirurgie dentaire et oculaire, d'obstétrique, des hernies et des extractions de cailloux; et la troisième partie concerne les fractures et luxations. Il a imaginé et inventé beaucoup d'instruments chirurgicaux dont les dessins se trouvent dans son livre. La première traduction latine date de 1497, avec une dernière édition européenne en 1816. La base de la chirurgie occidentale moderne se trouve dans son livre, qui est resté le principal programme d'enseignement des instituts médicaux européens jusqu'au 18ème siècle inclus. Le grand physiologiste suisse du 18ème siècle, Albrecht von Haller a déclaré à son sujet: «Son travail fut une véritable source pour tous les chirurgiens postérieurs au 14ème siècle ». Il est le premier médecin à utiliser du catgut pour les sutures abdominales, et près de huit siècles avant le chirurgien anglais Percivail Pott, il a expliqué et traité l'ostéo-arthrite, la tuberculose de la moelle épinière. Sa pratique de la trachéotomie est précoce et c'est lui qui a décrit la lithotritie, opération consistant à pulvériser les cailloux se trouvant dans la vessie et  à en extraire les fragments par l'urètre, ce qui est considéré à tort comme une invention du 19ème siècle; enfin il est le premier médecin à expliquer l'hémophilie, comme le prouve le Liber Theoricae (Le Livre de la Théorie), version latine de la partie médicale de son ouvrage At- Taçrzf imprimé en 1519.

 

Lettres et culture

 

* L'historien Ya' qûb Ibn Nadîm (m.995) qui a écrit vers 987, Kitâb ai-Fihrist al-Ulum (Répertoire des Sciences) dans lequel il donne une importante biblio- graphie de tous les scientifiques et savants jusqu'à son époque. Ce répertoire contient également, selon l'auteur, «une liste des livres de toutes les nations arabes et étrangères, qui existent en langue et écriture arabe, dans toutes les branches du savoir.»

 

Divers

 

* Fondation de Dâr ai-Hikma (La Maison de la Sagesse) au Caire, en 972. Ce centre de connaissances était basé sur le modèle de Bayt al-Hikma de Baghdâd, créée en832.

 

* En 972, fondation de la Mosquée d'Al-Azhâr (La Très Splendide, Très Fleurie) et de

Jâmia al-Azhâr (L'Université d'al-Azhar) à Fustât (Caire). C'est la première mosquée importante construite par les Fatimides après leur conquête de Fustât.

 

* Sous le Califat de Cordoue, la propagation des sciences et des technologies atteint son plus haut niveau ; la ville elle-même devient un grand centre de connaissances. Tout cela résulte de l'oeuvre du Calife Hakam II, fondateur d'une bibliothèque immensément riche. On dit qu'elle contenait 400 000 volumes

 

Ikhwân aç-Çafâ' (La Fraternité de la Pureté), une association secrète sur le mysticisme et la philosophie. Dans leurs correspondances, les membres de ce groupe ont classé le savoir en quatre catégories 1) Mathématiques, 2) Physique, 3) Sciences Rationnelles et 4) Lois Divines.

 

11ème siècle : première moitié

 

1015-1152. Règne de la Dynastie Hammadide au Maghreb Central (Algérie actuelle).

 

* Le grammairien et théologien de l'école asharite, Abû Mançûr Ibn Tâhir 'Abd Al-Qahhâr Al-Baghdâdî (m. 1037) dont les œuvres principales sont Kitlb Uçûl ad- Dîn (Livre des Fondements de la Religion) et Farq bayn al-Firâq (Différence entre les Sectes). Avec ses travaux sur la théorie des nombres, il fut également un arithméticien de grande renommée. Dans son chef-d’œuvre At-Takmîlafi Hisâb (Le Parfait en Arithmétique), il montre que 945 est le plus petit nombre abondant impair - un résultat que l'on attribue au mathématicien français Claude Gaspar Bachet (m.1638) !

 

* Le politicien, jurisconsulte et faqîh (juriste de la loi islamique) shafiite 'Alt Ibn Muhammad Abû Al-Hasan AI-Mawardî de Baçra (m. 1058). Son travail de renommée mondiale Ahkâm as-Sultûniyya (Les Décrets Royaux) a été traduit dans plusieurs langues; il est également l'auteur du fameux Kitâb Adâb Dîn wa Dunyâ (Bonnes manières dans le Monde Spirituel et Matériel).

 

Science et technologie

 

* Le mathématicien Abû Sa'îd Ahmad Ibn Muhammad As-Sijzî (du Sistan, Sijistân) en Iran (m. 1020), qui a travaillé sur les problèmes de sections coniques et sur la trisection d'un angle. Il a observé qu'un corps lourd ne tombe pas sur la terre selon une ligne perpendiculaire, ce qui lui a permis de tirer la conclusion des deux mouvements de la matière: linéaire et circulaire. Ainsi, il est le précurseur de la théorie de la rotation de la terre! Ses travaux sont mentionnés par son collègue contemporain et ami, A1-BîrCinî.

 

Le mathématicien, astronome, physicien, géographe, historien et médecin Abû Rayhân Muhammad Ibn Ahmad alias Al-Bîrûnî, latinisé en Aliboron (m.1048/50). Originaire de Khiva dans le Khwarezm, il est allé en Inde avec le Sultan Mahmûd Ghaznavide, a appris le sanscrit et a traduit les sciences indiennes en arabe et en persan. Il a laissé une excellente description historique de l'Inde dans son livre Târîkh al-Hind (Histoire de l'Inde). Il a réalisé de nouvelles tables trigonométriques et a dédié son oeuvre mathématique, Qânûn al-Mas' ûdî, au Sultan Mas' ûd de Ghazna. Grand expérimentateur, il a déterminé de manière très précise les masses volumiques de 18 pierres précieuses et métaux sans l'aide d'instruments de précision et a construit une maquette mobile représentant les mouvements des corps célestes. Enfin et surtout, cinq siècles avant Copernic, il a conçu la théorie selon laquelle la Terre tourne sur son axe tout en tournant autour du soleil; cependant, sa découverte est passée inaperçue

 

* Le mathématicien, contemporain d'AI-Bîrûnî, Abû Al-Jûd Muhammad Ibn A1-Layth connu pour ses travaux sur les intersections coniques.

 

* Un des plus grands mathématiciens musulmans Abû Bakr Muhammad Ibn Husayn Al-Karajî (de la ville de Karaj). Il est aussi connu sous le nom d'Al-Karlkhî (de Karakh, une banlieue de Baghdâd). Il est mort en 1019 ou 1029. Son travail principal porte sur les fractions arithmétiques et en continuant les travaux de Diophante et d'Abû Kâmil, il a présenté une nouvelle algèbre combinée à la géométrie, où, à côté des formes habituelles de l'équation du second degré, il a traité de certaines équations du degré 2n. Son œuvre montre comment le sens de la rigueur peut s'allier, dans le maniement des nombres irrationnels, à des formes plus souples que celles de l'algèbre géométrique d'origine grecque. C'est lui qui a établi la règle d'addition des puissances! Ses ouvrages de renommée mondiale sont Kitâb al-Kâfi fi al-Hisâb (Le Livre Suffisant pour le Calcul), Badî' fi al-Hisâb (Le Calcul Admirable), AI-Fakhrî fi al-la bar wa al-Mu qâbala (L'Honorifique dans l'Algèbre) - livre dédié au Vizir Fakhr A1-Mulk -et Kitâb 'Ilâl Hisâb al-la bar wa al-Mu qâbala  (Livre des Causes du Calcul Algébrique). Le livre Liber Abbaci de Léonard Fibonacci de Pise, datant de 1202, doit beaucoup, directement ou indirectement, aux travaux d'Al-Karajî.

 

* Le mathématicien, physicien, médecin et philosophe Abû 'Ail Hasan Ibn AI-Haytham, latinisé en Alhazen (m.-1039/41). C'est l'un des plus grands expérimentateurs du monde; son œuvre Kitâb al-Manâzjr (Le Livre d'Optique) est à la base de l'optique moderne et fut la principale source de Kepler pour son travail sur l'optique au 17ème siècle. Dans son livre, traduit en latin en 1270 sous le titre Opticae thesaurus Alhaeni libri vii, il y décrit les théories de la réfraction, de la réflexion, de la vision binoculaire, de la focalisation par des lentilles, ainsi que les théories sur l'arc-en-ciel, sur les miroirs sphériques et paraboliques, les aberrations sphériques, la réfraction atmosphérique et sur l'apparent grandissement des corps célestes au voisinage de l'horizon terrestre. Il a révolutionné la physiologie de la vision. Avant lui, Ptolémée et Euclide pensaient qu'un objet était visible lorsque des rayons émanant des yeux tombaient sur l'objet. Alhazen montra la fausseté de cette affirmation et prouva même le contraire, i.e. que ce sont les rayons qui vont de l'objet Jusqu'à l'œil et que c'est lorsqu'ils atteignent la rétine que l'objet devient visible. Il est le premier à avoir utilisé la chambre noire lors d'expériences. Ses découvertes furent également de grande importance en astronomie: il a découvert que tous les corps célestes, dont les étoiles, émettaient leur propre lumière, sauf la lune qui recevait cette luminosité du soleil. En mathématique, il est connu pour son Problème d'Alhazen, dans lequel il a résolu une équation du quatrième degré grâce à une hyperbole. Cependant cette méthode de résolution de problèmes utilisant les congruences s'appelle maintenant le  théorème de Wilson, du nom du mathématicien anglais du 18ème siècle, John Wilson. Jusqu'au 19ème siècle, tous les savants occidentaux dépendaient du travail d'Ibn Al-Haytham. Il est indéniablement considéré comme le père de l'optique moderne.

 

* L'iraqien Masawiyah Al-Mardinî (m. 1015) qui était le médecin de cour du Calife Al-Hâkim en Égypte. Il a écrit une pharmacopée en 12 tomes, connue sous le nom d’Antidotarium sive Grabadin en Europe où elle est restée le livre de référence en pharmacie pendant des siècles.

 

* Le médecin Ibn Al-Jazzar de Qayrawân, latinisé en Algizar(m. 1009).

 

* Abû Al-Faraj 'Abd Allâh Ibn At-Tayyib, latinis en Benattjbus (m. 1043), chef de l'hôpital Adudide à Baghdâd, fondé par le Sultan Adud Ad-Dawla. Il a rédigé plusieurs commentaires et traités originaux en médecine.

 

* Le grand savant persan Abû 'Ali Husayn Ibn 'Abdullâh Ibn Sînâ, latinisé en Avicenne (m. 1037). C'est un des hommes les plus remarquables de l'Histoire par l'tendue de ses connaissances et l'activité de son esprit. En philosophie, ses travaux Shifi' (Guérison) et Ishtrtt wa Tanbîhât (Directions et Remarques) ont laissé une profonde impression sur le monde musulman et sur le monde occidental. Shfâ', encyclopédie des sciences philosophiques, est divisée en quatre parties : logique, physique, mathématique et métaphysique. En littérature et en philosophie son ouvrage Hayy Ibn Yaqzân (Vivant Fils du Vigilant)  a influencé les intellectuels d'Afghanistan, d'Iran, d'Asie Centrale et detout le monde arabe. Cent ans plus tard, 11m Tufayl, en Occident, écrivit un livre sous le même titre. Ibn Sînâ a écrit d'innombrables livres sur des sujets aussi variés que l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la physique, la zoologie, la botanique et la musique! En physique, il a fait des recherches sur l'énergie interne d'une substance opposée à son énergie externe, sur la divisibilité indéfinie de la matière, sur les relations entre la lumière et la chaleur, sur la propagation des rayons lumineux et leurs actions sur des substances translucides et sur la propagation de la chaleur, sa production lors d'un mouvement ou par concentration de rayons lumineux dans un miroir concave. Il est considéré comme le père de la géologie. Ses théories sur la formation des montagnes et sur la croûte terrestre sont quasiment identiques à celles enseignées aujourd'hui. Dans son Kitâb ai-A qslm ai-' Ulûm al'Aqliyya (Livre de la Division des Sciences Rationnelles), il donne une classification analytique des sciences connues à son époque. Cependant, sa renommée n'est pas due à tout cela !... Le monde l'a couronné sous le titre de Prince de la Me'decine. Il a écrit une encyclopédie médicale en cinq volumes, Al-Qânûnfi at-Tibb (Le Canon de la Médecine). Son livre a été enseigné jusqu'au 18ème siècle dans tous les instituts médicaux européens, et même jusqu’au milieu du 20ème siècle dans le monde musulman. À l'Université de Franc-fort-sur-I'Oder, le programme des enseignements medicaux resta exclusivement basé sur les travaux d'Ibn Sînâ et d'Ar-Râzî (Rhazes) jusqu'au 17ème siècle; à l'Université de Montpellier, «Le Canon» a été commenté jusque dans les années 1850. En Europe, «Le Canon» fut surnommé la Bible de la Médecine, et on dit qu'aucun livre médical ne fut autant lu. Il fut traduit en latin par Gérard de Crémone au 12ème siècle. Une version latine de cet ouvrage fut imprimée à Strasbourg en 1473. Rappelons que l'impression selon le procédé de Gutenberg ne débuta qu'en 1450. Beaucoup d'historiens et de savants reconnaissent que le monde n'a jamais connu de scientifique comme Ibn Sînâ, maître dans une si grande variété de domaines.

 

* Le chirurgien-oculiste Abû Al-Qâsim 'Arrimât Ibn Ali de Mossoul, en Iraq, latinisé en Canamusali. Travaillant au Caire sous le règne du Calife Al-Hâkim (996-1020), il a écrit son fameux Kitab al-Muntakhab fi llaj Amrâd ai- 'Ayn (Livre des Maladies de l'Œil et de leurs Remèdes) dans lequel il donne les détails de différentes opérations. Il a inventé l'aiguille creuse et se trouve être le premier chirurgien à utiliser la succion pour les opérations de la cataracte.

 

L'oculiste iraqien 'Alt Ibn 'Îsâ, latinisé en Jésus Haly (m.-1030), auteur d'un important traité d'ophtalmologie en trois tomes Tadhki rat ai-Kahhâiîn (Mémorandum des Oculistes). Le premier tome est consacré à l'anatomie et la physiologie de l'œil; le deuxième aux maladies de l'œil visibles de l'extérieur ; et le troisième aux maladies internes. Il faudra attendre le 18ème siècle pour trouver de meilleurs travaux dans ce domaine en Europe. Cette supériorité donna lieu à de nombreuses copies et imitations pendant tout cet intervalle.

 

* Le poète Abû A1-'Alâ' Al-Ma' arî de Syrie (m. 1057). Aveugle dès son enfance, il avait une mémoire prodigieuse. Sa Risâlât al-Ghufrân (Épitres du Pardon), dans lesquels il visite le paradis et rencontre ses prédécesseurs - poètes athées qui ont trouvé le pardon -, est probablement une des sources de la Divine Comédie de Dante Alighieri.

 

* Le poète persan Asadî (m. entre 1030 et 1072) qui a initié l'art de la munazara - joute littéraire entre deux personnages ou choses personnifiées, par exemple, entre le maître et le valet, entre la plume et le sabre, etc. Il fut maître de Firdûsî.

 

* Le grand poète persan Abû Al-Qâsim Hasan Ibn Ishâq connu sous son pseudonyme Firdûsî de Tûs (m.1020). Son chef-dœuvre Shâhnameh (Livre des Rois) a été traduit dans toutes les grandes langues du monde. Il consiste en 60 000 couplets, réalisés dit-on, en 35 ans. C'est un recueil colossal de légendes qui vont des premiers rois fabuleux de l'Iran jusqu'à la conquête du pays par les Arabes.

 

 

11ème siècle : seconde moitié

 

1055-1147. Règne de la Dynastie Almoravide  (Al-Murâbitûn) au Maghreb et en Espagne.

 

1061.Yûsuf Ibn Tashfin (m. 1106) commence la construction de la ville de Marrakech qui devient plus tard la capitale du gouvernement Almoravide.

 

1069.Yûsuf Ibn Tashfin s'empare de Fès et fait de cette ville un centre de science et de culture.

 

1076. Les Seldjoukides conquièrent Damas et A1-Quds (Jérusalem).

 

1085. En Espagne, les forces chrétiennes prennent Tolède aux Musulmans.

 

1086. Confronté à l'avancée chrétienne en Andalousie, Yûsuf Ibn Tashfin déclare le jihâd (guerre sainte), bat les forces d'Alphonse VI, annexe le sud de l'Espagne et l'unit au Maghreb, créant ainsi l'Empire Almoravide.

 

1090. Les Turcs traversent le Danube et s'installent dans les Balkans.

 

1096. Début des premières Croisades. Les forces chrétiennes sont battues en Asie Mineure.

 

1097-1099. L'armée chrétienne pille et ravage Nicée (aujourd'hui Iznik, ville de Turquie) et AI-Quds.

 

Les Acteurs

 

Théologie et jurisprudence

 

* Le théologien, juriste, historien et poète Abu Muhammad 'Ail Ibn Ahmad, originaire de Cordoue, connu sous le nom d'Ibn Hazm (m. 1064). Il a commence une analyse critique de l'histoire et on le dit précurseur d'Ibn Khaldun. Ses travaux majeurs sont Maratib ai-' Ulûm (Les Rangs de la Science), Jâmi' Sîra (Biographie du Prophète), Fadi al-Andalûs (Les Savants d'Andalousie), Tawq ai-Hamâma (Le Collier de la Colombe), Kitâb ai-Akhiâq wa Siyar (Le Livre des Mœurs), outre plusieurs traités sur la jurisprudence, son oeuvre la plus importante est Kitâb al-Façifi al Milal wa al-Ahwâ' wa an-Nihal (Histoires comparatives des Religions). Dans son Kitâb a1-Ihklm (Le Livre des Décrets), il expose sa doctrine de s'en tenir au sens apparent (zâhir) du texte canonique, d'où son attachement à l'école du Zahirisme.

 

Science et technologie

 

* Le mathématicien, astronome et philosophe Abû Ja' far Al-Muqtadir, souverain illuminé de la dynastie dirigeante, les Banû Hûd, à Saragosse, en Espagne. Sa cour était organisée comme un centre scientifique; il fit construire le fameux palais Aljaferia.

 

* Yusuf Al-Mutamin, mathématicien et astronome qui a succédé à son père Abû Ja' far en tant que souverain de Saragosse Il est l'auteur d'un fameux traite de mathématique A1-Istikmâl (Désir de Perfection)

 

* Le mathématicien Abû Al-Hasan 'Ail Ibn Ahmad An-Nasâwi du Khurâsân  (m.-1075), qui a continué les travaux d'arithmétique et d'algèbre d'Al-Khwârizmî. Il est auteur du livre Ai-Muqni' fi ai-Hisâb ai-Hindî (Pertinence du Calcul Indien). Il a remarquablement remplacé le système sexagésimal par les fractions décimales.

 

* Le mathématicien Muhammad Ibn 'Abd Al-Bâqî.

 

* L'astronome et mathématicien andalou Abû Ishaq Az-Zarqali, latinisé en Azarchiel ou Arzachei (m.

1100). Il est né à Cordoue mais a passé la plus grande partie de sa vie à Tolède. Il a proposé une nouvelle théorie sur les corps célestes, a changé et amélioré le Planisphère de Ptolémée. Ses «Tables de Tolède» furent traduites en latin. Mais il a surtout inventé un nouveau type d'astrolabe connu sous le nom  d'As-Safiha (Assafea Azarchielis,  l'Astrolabe d'Arzachel), qui ne nécessitait pas de tables auxiliaires pour son utilisation, contrairement aux autres astrolabes en vogue. Ses travaux ont été commentés par Jacob Ziegler en 1504 et, en 1534 à Nuremberg, Johann Schoner a publié une oeuvre renommée sur cette invention: «La Théorie d'Arzachel, le Père de l'Astronomie, sur le Safiha.»

 

* Al-Hajjamî, mathématicien, astronome, philosophe et poète qui a conduit une importante étude sur les postulats d'Euclide. Il a travaillé sur les équations du troisième degré et aussi sur le problème de la réforme du calendrier.

 

* Le médecin et pharmacologue Abû Al-Mutarrif 'Abd Ar-Rahmân Ibn Muhammad Ibn Yahyâ Ibn A1-Wâfid de Tolède (m. 1074), auteur du Kitâb a1-Adwzya al-Mufufrada (Livre des Remèdes Simples). Il utilisait des méthodes diététiques et a mené des recherches sur l'action des médicaments. Il a également écrit un traité sur la balnéothérapie (thalassothérapie)

 

* Le médecin Yahyâ Ibn 'Îsâ Ibn Jazla, latinisé en Bengezia (m. 1100). Auteur d'un grand traité de médecine.

 

* Le médecin iraqien Abû Al-Hasan Sa'îd (m. 1101) qui, avec Ibn Jazla, introduit de nouvelles méthodes d'enseignements à l'aide de tableaux synoptiques.

* Le géographe et historien Abû 'Ubayd 'Abd Allâh AI-Bakrî de Cordoue (m. 1094). Il a élaboré une «Description Géographique de l'Espagne» et un «Dictionnaire Géographique».

 

* Le grand ingénieur 'Abdullâh Ibn Yûnus. Lorsque Yûsuf Ibn Tashfin fonda la ville de Marrakech, il nomma 'Abdullâh ingénieur en chef pour la construction du réseau d'approvisionnement en eau de la ville.

 

* L'agronome andalou Abu 'Umar Ibn Hajjâj de Séville.

 

Divers

 

* En 1067, fondation à Baghdâd par le Grand Vizir Nizam Al-Mulk, de la Madrasa Nizâmiya, un institut d'enseignement supérieur.

 

* Yûsuf Ibn Tashfin (m. 1106), le Chef Berbère du 1121 En Afrique du Nord, sous le commandement d'Ibn Mouvement Almoravide, fonde la ville de Marrakech en 1061 et celle de Tlemcen en 1080.

 

* Vers la fin du siècle, les navigateurs arabes utilisent la boussole, mentionnée pour la première fois vers 1090.

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