Fiche de lecture n°9

Publié le par lieutenantrahmani

 

Amazigh : L’homme Libre.

 « La terre n’est qu’un seul pays dont tous les hommes sont les citoyens, un seul village à la suite des découvertes scientifiques et de l’inter-dépendance indéniable des nations. On peut aimer tous les peuples du monde tout en aimant son propre pays. »

 

« La vérité est comme la mer, elle n’apparaît qu’une fois rejetée sur le rivage. Quel dommage qu’il faille tant de naufrages pour enfin l’apercevoir. »

Abdelkader Rahmani.

 

 

 

Fiche de lecture n°9

De l’Université de l’Ignorance

20 mars 2012

 

 

 

A propos de l’action psychologique…

 

J’ai décidé de publier quelques pages du livre de Thierry Mayssan « L’effroyable Imposture II, Manipulations et désinformation » Thierry Meyssan, 2007, édition Alphée-Jean-Paul Bertrand, sans avoir demandé l’autorisation. Je pense que moralement je le peux comme des pages d’histoire enseignées à l’Université de l’Ignorance. Je me suis permis d’insérer des commentaires en (NDLR :…)

 

J’ai beaucoup d’estime envers mon confrère Thierry Meyssan. Il est de ces journalistes aujourd’hui rares qui respectent la déontologie de la profession avec un grand courage face aux menaces dont il est l’objet.

 

J’ai été fondateur et directeur de la revue Trois Mondes, Ingénieur Conseil auprès de l’ONU, Banque Mondiale et UNESCO. Diplomate itinérant secret, j’ai parcouru le monde, rencontré tous les chefs d’état de mon époque, notamment des guerres d’Indochine, de Madagascar, d’Algérie, de Palestine, Suez, Corée. Je passe sous silence 39/45, mes prisons, arrêts de Forteresse, résidences surveillées pour avoir pris des positions et dit des vérités qu’il ne fallait ni prendre, ni dire, ni écrire. Il y a 50 ans j’ai dit et écrit les vérités de la torture en Algérie, il y a 30 ans sur les mensonges de la guerre d’Irak à la veille de son déclenchement. Je continue aujourd’hui.

 

« L’Effroyable Imposture II »

Manipulations et désinformation

 

Thierry Meyssan, 2007, édition AlPhée-Jean-Paul Bertrand

 

 

 

 

INTOXIQUER

 

Principes de la propagande

Pages 21 à 30

 

C’est par les mass-médias que nous connaissons la guerre. Cependant, malgré les images des reporters et les commentaires en direct, nous ne voyons pas le champ de bataille, mais uniquement sa représentation. C'est en fonction d'elle, et non des faits eux-mêmes, que nous formons notre jugement. Aussi la représentation médiatique est-elle devenue un second champ de bataille où les mêmes protagonistes s'affrontent pour conquérir l'opinion publique.

 

Pour livrer une guerre contre le Liban, il ne suffit pas de déstabiliser le pays pour le plonger dans la violence, il faut aussi déstabiliser l'opinion publique internationale pour lui faire accepter, voire souhaiter, les bombardements et la mort.

 

Il ne s'agit pas là d'un débat savant sur la fonction de la presse et la déontologie des journalistes, ni d'une complainte sur le développement des artifices de la communication moderne, mais d'une réalité militaire. L'intoxication des opinions publiques, à travers les mass-médias, est un aspect de l'art de la guerre. Toutes les armées se sont désormais dotées d'unités spécialisées de « guerre psychologique ». (NDLR : La guerre psychologique nous a été enseignée par le vietminh et Mao Tsé-Tung, plagiée médiocrement par des colonels dans la guerre d’Algérie)

 

Il n'est pas nouveau d'accuser ses ennemis de crimes ignobles pour mobiliser l'opinion publique contre eux, ou d'informer les peuples ennemis des échecs de leurs dirigeants pour leur casser le moral. (NDLR : c’est d’actualité contre Damas.) Toutefois, les moyens modernes de communication présentent des failles particulières dans la transmission de l'information qui rendent la manipulation des journalistes beaucoup plus facile qu'auparavant. Il n'est plus nécessaire de corrompre des professionnels pour leur faire véhiculer des mensonges.

 

L'intoxication militaire n'est pas conçue pour s'imposer définitivement (c'est la victoire qui impose une « vérité» définitive), mais pour tenir le temps nécessaire à l'accomplissement de l'opération à laquelle elle contribue. Ce qui importe, c'est de modifier votre jugement à un moment crucial. Cela suppose de pouvoir vous priver de certaines informations (vraies ou fausses) et de vous en imposer d'autres (vraies ou fausses).

 

Dans cette perspective, les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont créé au sein de leurs forces armées des unités spécialisées qui ont appris à coordonner leurs actions entre elles. Cet ensemble est capable de diffuser très rapidement et largement une fausse nouvelle, de sorte que celle-ci fasse l'objet de commentaires et non pas de vérifications. Il est capable de créer un « bruit informationnel» qui capte l'attention avec des sujets sans enjeux pour neutraliser l'esprit critique. Et enfin, il est capable d'escamoter les opinions dissidentes en les brouillant ou en discréditant, marginalisant, voire éliminant ceux qui les expriment.

 

Techniquement, la diffusion de fausses nouvelles est facilitée par le développement des chaînes d'information continue. Ainsi, l'apparition de ce nouveau type de média a donné lieu à la mise en scène de Timisoara en 1989. La chaîne de télévision états-unienne CNN avait exhibé des corps mutilés en les présentant comme extraits d'un charnier de victimes suppliciées du régime des Ceausescu. (NDLR : J’ai bien connu Ceausescu, collaboré avec lui pour la vente du pétrole lors de l’embargo décrété par les pays producteurs arabes. Les grands pétroliers occidentaux ont bien profité de ses services, ils n’ont pas eu un mot de reconnaissance lorsque sa femme et lui ont été égorgés. Giscard d’Estaing qui disait être son ami tant qu’il obtenait son pétrole n’a pas dit mot non plus.) Il s'agissait en réalité de corps sortis d'une morgue et dont certains avaient été autopsiés. L'immédiateté de la transmission des images avait suffi à créditer leur interprétation. On assurait à l'époque que cette rapidité garantissait l'absence de trucage des images; on s'est rendu compte qu'elle facilitait au contraire la manipulation de leur lecture. Depuis, les services de guerre psychologique ont appris à utiliser l'appât du scoop et la surenchère entre les médias pour leur fournir des histoires toutes faites et obtenir leur reprise sans vérification. Le système économique contraint les journalistes à travailler dans l'urgence et donc, à renoncer à ce qui fait leur métier de journaliste, la vérification des faits, le recul et l'analyse. L'information devient alors une succession ininterrompue d'événements qui se chassent les uns les autres en perdant toute intelligibilité.

Pour gérer ce vacarme informationnel, les spécialistes états-uniens de la guerre psychologique parlent de la règle des 3D-2S:

 

Les trois D

Delay: bloquer une nouvelle dérangeante jusqu'à ce qu'elle perde de son intérêt.

Distract: distraire l'attention (au sens pascalien, c'est-à-dire détourner de l'essentiel, éloigner du réel) avec des sujets sans enjeux.

Discredit: dénigrer les sources d'information non contrôlées.

 

Les deux S

Spotlight: concentrer le débat sur un détail sans importance.

Scapegoat : rejeter la responsabilité sur un lampiste ou un bouc émissaire.

 

À l'occasion de l'attaque contre l'Irak, on a découvert que les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont utilisé des unités militaires spéciales qui ont infiltré les missions d'inspection de l'ONU, rédigé des rapports fantaisistes et placé de faux témoins en contact avec la presse. C'est ce que le Prix Nobel de littérature José Saramago a appelé «l'Internationale du mensonge». (NDLR : J’étais bien placé. J’ai consacré un numéro spécial de ma revue Trois Mondes en lettre ouverte à dénoncer les mensonges de Tony Blair et de Bush pour faire la guerre à Saddam Hussein (Irak.) Je l’ai adressée à tous les chefs d’états occidentaux et arabes, à l’Onu, l’Otan, aux directeurs de quotidiens et hebdomadaires. Les journalistes qui m’estimaient m’ont dit franchement qu’ils ne pouvaient en faire état dans leur journal, qu’ils risqueraient d’être licenciés. On peut trouver ce numéro spécial à la bibliothèque nationale.)

 

Aux États-Unis, l'existence d'un Bureau des plans spéciaux (Office of Spécial Plans) installé au Pentagone par Abrams Shulsky, a été évoquée pour la première fois par le Washington Times, en janvier 2002. Des détails de son fonctionnement ont été révélés par Seymour Hersh dans un  article retentissant du New Yorker. Ils ont été confirmés et complétés par un officier à la retraite, le lieutenant-colonel Karen Kwiatkowski. Un des collègues de travail de Madame Kwiatkowsky, John J. Kokal, a été retrouvé mort dans des circonstances abracadabrantes le 14 novembre 2003 alors qu'il s'apprêtait à rencontrer des journalistes.

 

À la mi-2003, pour échapper à la curiosité de la presse, le Bureau des plans spéciaux a été renommé Bureau des Affaires du Golfe-Nord (Northern Gulf Affairs Office) et l'essentiel de ses activités a été déplacé au Commandement stratégique (qui supervise les questions nucléaires et spatiales) lequel a créé des bureaux de propagande dans les cinq armes (Air, Mer, Terre, Marines, Forces spéciales).

 

Au Royaume-Uni, la cellule Rockingham du ministère de la Défense a été évoquée pour la première fois, le 21 janvier 1998, par le brigadier Richard Holmes, directeur central des forces de réserve, lors d'une audition à huis clos de la Commission de la défense de la Chambre des communes. Cet organe a également été décrit par l'ancien ministre britannique Michael Meacher, en tant qu'homologue au Bureau des plans spéciaux du Pentagone, comme ayant manipulé les inspecteurs en désarmement de l'ONU et fabriqué des rapports biaisés.

 

L'existence de la cellule Rockingham a été confirmée publiquement par l'ancien inspecteur de 1'UNSCOM, Scott Ritter à Neil MacKay du Sunday Herald d'Edimbourg. Puis cette existence a été établie par la Commission d'enquête de Lord Hutton. Le docteur David Kelly, expert du ministère de la Défense, est décédé le 17 juillet 2003 dans des conditions mystérieuses alors qu'il s'apprêtait à révéler l'activité de la cellule Rockingham à la BBC.

 

Un service équivalent en Israël a été évoqué, sans aucun détail, par l'ancien conseiller national adjoint de sécurité Shlorno Brom dans un article paru en novembre 2003 1 et qui a provoqué un vif émoi au Parlement israélien, la Knesset. L'activité de cette cellule, ainsi que l'aide apportée ultérieurement pour les conseils en maintien de l'ordre en Irak, ont été rémunérés par les États-Unis sous la forme d'une garantie bancaire de 9 milliards de dollars.

 

Ce dispositif militaire international a conditionné les opinions publiques pour leur faire approuver l'attaque de l'Irak. Son action s'est concentrée sur trois mensonges clés:

- Saddam Hussein ne serait pas un simple despote oriental, assassinant ses rivaux et réprimant cruellement son opposition, mais un sadique et un criminel contre l'humanité.

- Obsédé par une volonté de détruire le monde libre, Saddam Hussein aurait constitué un pacte militaire secret avec la Corée du Nord et l'Iran. Il aurait également soutenu une conspiration islamique mondiale dirigée par Oussama BenLaden.

- Enfin, la menace irakienne serait d'autant plus sérieuse que Saddam Hussein se serait doté d'armes de destruction massive, y compris de lanceurs pouvant frapper l'Occident en moins de 45 minutes, bien qu'il le dissimule aux équipes d'inspection de l'ONU.

 

Trois arguments qui paraissent aujourd'hui grotesques, mais qui ont été présentés avec le plus grand sérieux du monde par le général Colin Powell au Conseil de sécurité de l'ONU.

 

Des mensonges qui ont justifié une invasion militaire et ont déjà coûté la vie à 650 000 personnes ainsi que l'ont établi les démographes les plus réputés.

 

C'est ce même dispositif qui a été activé pour conditionner les opinions publiques et leur faire approuver une guerre contre le Liban, puis contre la Syrie et l'Iran.

 

Les trois nouveaux mensonges clés sont:

- Le Hezbollah n'est pas un mouvement populaire de résistance à l'occupation israélienne, mais un groupuscule terroriste, la Syrie n'est pas une base arrière des résistances palestinienne, libanaise et irakienne, mais un État terroriste qui pratique l'assassinat politique, dont celui de l'ancien Premier ministre libanais Rafik Hariri, l'Iran n'est pas un État démocratique, car il est dirigé par un fanatique qui nie la Shoah et veut rayer Israël de la carte (message résumé par le slogan «Ahrnadinejad = Hitler »).

- Sous l'impulsion de l'Iran, une alliance militaire antioccidentale s'est créée. Elle inclut le Sud de l'Irak, la Syrie et le Liban (message résumé par le slogan « croissant chiite »).

- La menace chiite est d'autant plus sérieuse que l'Iran est sur le point de se doter de la bombe atomique et le dissimule à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) (message résumé par l'expression « menace iranienne »).

 

Cela a un air de redite, mais fonctionne encore.

À cette occasion, les unités militaires d'intoxication mettent en scène de faux témoins puisés dans le clan Hariri-Joumblatt au Liban, dans le Front de salut national syrien récemment constitue a Londres, et parmi les Moudjahidines du peuple iranien installés en exil à Washington, comme nous allons le détailler. (NDLR : au moment de la stupide guerre de Suez ma résidence libanaise était voisine de celle de Walid Joumblatt. J’ai bien connu Hariri assassiné grand ami de Chirac qui loge encore actuellement dans son appartement à Paris. Hariri a été condamné pour détournement de fonds lors de sa présidence.)

 

Toutefois, aussi puissant et sophistiqué que soit ce système d'intoxication, il ne sera jamais en mesure de triompher complètement. Chaque individu est doté d'esprit critique et pourra toujours se protéger du mensonge en utilisant cette faculté.

 

En novembre 2006, le Réseau Voltaire a organisé la conférence internationale « Axis for Peace », qui a réuni des figures de la contestation contre l'impérialisme. Cent cinquante personnalités venues de trente-sept pays s'y sont retrouvées pour débattre, entre autres, de cette question. Parmi les responsables politiques, diplomates, militaires, journalistes et militants, se trouvait l'ancien parlementaire et ministre allemand Andreas von Bülow qui a apporté sa réponse d'esprit libre face à « l'Internationale du mensonge » :

 

«Les États-Unis possèdent un arsenal énorme permettant d'obliger tout État non amical, récalcitrant, neutre, ou même les États alliés, à suivre leur politique, La guerre n'étant pas populaire, particulièrement dans les démocraties, il ne faut pas nécessairement considérer la force armée au premier rang de cet arsenal. Le premier outil est aujourd'hui la manipulation des médias. Le Pentagone possède à lui seul un budget de 655 millions de dollars pour la désinformation et pour influencer l'opinion publique - en particulier dans les pays alliés peu disposés à suivre la politique de guerre préventive des Etats-Unis La CIA a perdu son monopole des coups tordus, le Pentagone est maintenant autorisé par le Congrès à mener des opérations couvertes, y compris des actes de terrorisme, pour manipuler les médias mondiaux et, par leur biais, le public. Afin que tous soient finalement convaincus: de l'importance d'aider les États- Unis dans leur lutte contre le terrorisme. Et il y a tout l'argent nécessaire pour suborner des maisons d'édition ou incorporer des journalistes et des universitaires...Nous devons tous faire face à un environnement dans lequel la vérité n'est pas la seule première victime de la guerre. Le public, les médias, l'assemblée générale de l’ONU sont soumis à des mensonges purs et simples et à des documents falsifiés de la part des gouvernements - soulevant même les protestations des experts en la matière appartenant à la CIA, qui savent que ces "preuves " sont truquées. Confrontés à cette propagande quotidienne, et afin de contrebalancer les informations, nous devons nous rendre compte que ces photos, ces vidéos, ces courriers électroniques, ces enregistrements de voix et de conversations téléphoniques, ou encore ces traductions, peuvent être falsifiés afin de rallier les gens à l'agenda hégémonique.

Faire éclater les opérations psychologiques menées dans nos médias par le Pentagone, la CIA, mais également le Mossad, et leurs satellites, est la tâche la plus importante qui nous attend. Cela peut paraître étrange, mais poser obstinément la question "à qui profite le crime ? ", face aux références médiatiques quotidiennes à Al Qaïda, Ben Laden ou Zarkaoui, mènera très souvent à voir les choses de façon Accuser le Hezbollah opposée à la désinformation officielle. Et nous devons insister sur l'obtention de preuves tangibles et vérifiables, afin de dénicher les opérations de propagande. Les confessions sur Internet, vidéos, enregistrements sonores et autres preuves obtenues par la torture ne sont pas fiables, tant qu'elles ne sont pas corroborées par des éléments vérifiables. »

 

Mettons tout de suite cette méthode à l'œuvre et interrogeons-nous sur le préjugé selon lequel le Hezbollah ressortirait au terrorisme international.

 

 

 

 

Accuser le Hezbollah

Pages 31 à 38

 

Une image persistante associe le Hezbollah aux attentats contre les soldats français el états-uniens en 1983 et à la prise en otage des journalistes Miche! Seurat et Jean-Paul Kauffmann, en 1985. C'est une erreur. Ces actions furent exécutées par des combattants chiites, mais ceux-ci n'agissaient pas en tant que membres du Hezbollah, d'autant que celui-ci n'était pas encore formellement constitué et que la Résistance prenait un soin méticuleux à ne pas étendre le conflit. À ce souvenir imprécis s'ajoute un anachronisme. Le public international, qui ne suit pas avec attention l'actualité proche-orientale, mélange des épisodes de la guerre civile avec la période actuelle. Il superpose les horreurs des années 1980, dans lesquelles des militants du Hezbollah ont aussi leur part, avec la vie politique du début du 21e siècle, lorsque le Hezbollah est devenu parti de gouvernement. Cette confusion est exploitée pour faire endosser au Hezbollah des attentats à l'étranger - comme ceux de Buenos Aires dans les années 1990 - et présenter la Résistance populaire libanaise comme un groupuscule terroriste international.

 

Or, la Cour suprême argentine a écarté l'hypothèse de la culpabilité musulmane dans les attentats de Buenos Aires (1992 et 1994) et s'est, au contraire, orientée vers une piste israélienne. Une opération a donc été montée par les néoconservateurs pour renverser le cours des choses. À la suite d'une réunion qui s'est tenue à Washington en mai 2006 et à laquelle ont participé deux hauts magistrats de Buenos Aires, de fortes pressions ont été exercées à la fois sur le gouvernement et sur la justice. En réplique, un groupe de citoyens argentins conduit par Oscar Abdura Bini, a porté plainte pour entrave à la justice devant le tribunal de Grande instance de Buenos Aires contre l'American Ïewish Comnittee et les procureurs Nissman et Martinez Burgos.

Le docteur Oscar Abdura Bini est bien connu du public argentin. Il avait été sollicité par le président Carlos Menem j pour empoisonner son épouse, dont il était le psychiatre attitré, en lui prescrivant des doses excessives de médicaments. Il avait alors protégé sa patiente contre les sbires présidentiels.

L'American Jewish Committee (AJC), créé au lendemain de la Révolution russe de 1917, était initialement une association anticommuniste. Elle publie la revue  Commentaiy, qui est devenue l'organe théorique des néoconservateurs au pouvoir à Washington. C'est une organisation partisane agissant à l'intérieur de la communauté juive et non pas une organisation représentative de la communauté juive. Elle est coutumière des outrances et des manipulations. (NDLR : Les sionistes ont été d’excellents collaborateurs de Staline et ils ont signé un pacte avec Hitler. Ben Gourion a rejeté la proposition d’Hitler d’échanger ses 400 000 juifs contre des camions GMC.)

 

Pour comprendre les enjeux de la polémique entre l'AJC et Oscar Abdura Bini souvenons-nous des attentats de Buenos Aires. Le 17 mars 1992, une violente explosion détruisait l’ambassade d'Israël en Argentine et endommageait gravement une église catholique et une école adjacentes. 29 personnes furent tuées et 242 autres blessées. Dans un premier temps, l'enquête s'orienta vers la piste islamique. D'après les enquêteurs, l'attentat aurait été commis par un kamikaze palestinien utilisant une camionnette chargée d'explosifs. Il aurait appartenu au Jihad islamique et aurait voulu venger l'assassinat par Israël d'un leader du Hezbollah, cheikh Abbas al-Musawi, et de sa famille. L'opération aurait été préparée par un groupe de Pakistanais et coordonnée par Moshen Rabbani, l'attaché culturel de l'ambassade d'Iran. Ce dernier fut d'ailleurs interpellé, quelques années plus tard, en Allemagne avant d'être relâché faute de preuves. Le 18 juillet 1994, une seconde explosion dévastait l'immeuble de l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) faisant 85 morts et plus de 300 blessés. (NDLR : L’argentine estimait le FLN et les palestiniens, j’y étais reçu les bras ouverts.)

L'enquête initiale s'orienta également vers la piste islamique. L’attentat aurait été commis par un kamikaze de 29 ans, Ibrahim Hussein Berro, conduisant un véhicule piégé. Quelques années plus tard, un mandat d'arrêt fut lancé contre Imad Mugniyah, un membre du Hezbollah; puis l'ancien ambassadeur d'Iran en Argentine, Hade Soleimanpour, fut interpellé au Royaume-Uni et relâché faute de preuves.

Tous ces éléments, qui paraissent être des conclusions définitives, sont reproduits depuis des années dans toutes sortes d'encyclopédies. Pourtant, aucun jugement n'est venu les confirmer. Pis, les enquêteurs ont progressivement déconstruit des versions qu'Israéliens et États-Uniens leur avaient glissées à l'oreille pour en arriver à une hypothèse radicalement contraire: les deux attentats auraient été commis par des agents israéliens pour casser l'antisionisme de la communauté juive argentine.

Les valses-hésitations des enquêteurs doivent être replacées dans le contexte politique mouvementé de leur pays, où les gouvernements et les insurrections se sont rapidement succédé. À ce jour, aucun jugement définitif n'ayant été rendu dans aucune des deux affaires, chacun peut donc tirer les conclusions qui l'arrangent en se référant à des actes contradictoires de procédure.

Le juge d'instruction chargé de l'enquête sur le premier attentat, Alfredo Horacio Bisordi, a été appelé à témoigner devant une commission d'enquête parlementaire, le  5 mars

2002. Ses révélations furent surprenantes. Selon le juge Bisordi, le commissaire Meni Battaglia dirigea l'enquête sur l'attentat contre l'ambassade. Il était secondé à titre non officiel, par un béret vert de l'ambassade des États-Unis (non identifié) et par le chef de la sécurité de l'ambassade d'Israël, Ronie Gornie, tous deux disposants prétendument d'une longue expérience de ce type d'attentat au Proche-Orient. Sur les conseils de ces « experts », le commissaire adopta immédiatement l'hypothèse de la voiture piégée et consigna avoir retrouvé des morceaux épars du moteur d'une camionnette Ford 100.

 

Il ne fut pas possible d'établir la liste exacte des victimes car il s'avéra, qu'étrangement, la liste des diplomates israéliens accrédités ne correspondait pas à la réalité du personnel de l'ambassade, sans que cette différence puisse être expliquée. (NDLR : Même scénario qu’à l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center. Pas un américain à l’intérieur.) Le commissaire Battaglia s'opposa au juge Bisordi, qui souhaitait faire autopsier les victimes, au motif que cela n'apporterait pas d'éléments nouveaux. Le juge insistant, le Grand rabbin d'Argentine s'y opposa à son tour au motif que, dans le cas des victimes juives, il s'agirait d'une profanation. Il ne fut en définitive procédé à aucune autopsie.

Le magistrat s'interrogeait sur deux points : pourquoi avoir attendu que l'ambassade soit vide pour l'attaquer alors que, quelques heures plus tôt, on y recevait en grande pompe une centaine de personnalités juives ? Et pourquoi recourir à un kamikaze alors que cela n'était pas nécessaire pour jeter la camionnette sur l'ambassade? Manifestant de plus en plus de scepticisme sur la version que l'on essayait de lui imposer, il reçut la visite du directeur adjoint des services secrets (SIDE), le docteur Gerardo Conte Grand qui était chargé de lui faire entendre raison. Cette visite l'ayant rendu encore plus soupçonneux, le magistrat fit irruption à l'improviste au commissariat lors de l'interrogatoire d'un témoin clé : un chauffeur de taxi qui attestait avoir raccompagné un groupe de musulmans à l'aéroport juste avant l'attentat. Ceux-ci lui auraient dit qu'il fallait quitter rapidement le quartier avant qu'il ne se transforme en enfer. Le juge Bisordi interrogea lui-même le témoin qui croyait avoir à faire à une personne aussi complaisante que les policiers. Le chauffeur de taxi refusa de décliner son identité et se présenta comme «l'homme d'Israël ». Il revendiqua être colonel de Tsahal et avoir combattu durant la Guerre des Six jours.

 

Les éléments relatifs à la seconde enquête sont tout aussi édifiants avec notamment un vrai-faux policier israélien qui se promène comme chez lui dans les commissariats et les prisons argentines, et procède à des interrogatoires hors procédure et à des pressions sur les témoins. Prié de s'expliquer devant la justice argentine, l'homme disparut subitement. Après avoir nié son existence, le gouvernement israélien a finalement reconnu l'employer, mais s'est opposé à son audition.

Suite à ces nombreuses invraisemblances et ses multiples actes illégaux, la Cour suprême argentine s'est réunie à huis clos pour examiner diverses pièces de procédures. Elle a validé des investigations scientifiques établissant de manière formelle que - contrairement à ce qui avait été admis au départ - il n'y avait pas de véhicules piégés conduits par des kamikazes, mais que les explosifs avaient été installés dans les bâtiments, aussi bien à l'ambassade qu'à l'Association mutuelle israélite argentine. (NDLR : Une bombe placée par la CIA et non un avion Ben Laden.)

 

Tout ce qui a été dit sur l'origine des véhicules et leurs conducteurs est donc invalidé.

 

Au lendemain de cette audience, le porte-parole de l'ambassade d'Israël à Buenos Aires a déploré ces conclusions et accusé les juges de la Cour suprême d'antisémitisme. Une accusation ridicule dont on a vu qu'elle refaisait surface à chaque critique de la politique d'Israël. Il faudra certainement encore beaucoup d'indépendance et de persévérance à la justice argentine pour élucider complètement ces affaires. Mais cela suscite déjà quelques commentaires.

 

Tout d'abord, il est étrange qu'il faille une dizaine d'années pour se rendre compte qu'un attentat a été réalisé en plaçant un explosif dans un bâtiment et non avec un véhicule kamikaze.

D'autre part, les experts qui ont développé toutes sortes de théories sur le « terrorisme international » en partant d'imputations qui se sont révélées fausses sur les attentats de Buenos Aires ont rarement corrigé leurs écrits. De plus, force est de constater que les enquêtes judiciaires sur les grands attentats imputés au « terrorisme islamique» sont toujours inachevées, qu'il s'agisse de Buenos Aires, de New York, de Bali, de Casablanca, de Madrid ou de Londres. D'autant que cela n'empêche guère les gouvernements néoconservateurs et leurs «experts » d'en tirer des conclusions générales.

 

Les États-Unis ont l'habitude de modifier rétrospectivement l'attribution d'attentats dont ils furent victimes, de manière à accuser leur adversaire réel ou fabriqué du moment - comme on l'a vu avec les attentats du 11 Septembre dans lesquels se sont successivement vu impliquer Oussama Ben Laden, Saddaffi Hussein puis l'Iran.

Ils envisagent maintenant de réécrire l'Histoire jusque chez les autres.

 

L'American Jewish Committee a lancé sur CNN et Fox News, le 14 août 2006, une campagne de deux semaines de spots publicitaires accusant le Hezbollah de ne pas être le parti de la Résistance libanaise, mais une organisation terroriste internationale - et donc de représenter un danger pour les États-Unis. Comme exemple, l'AJC cite les attentats de Buenos Aires.

Les procédés d'intoxication utilisés contre le Hezbollah l'ont été avec plus de force encore contre sa chaîne de télévision.

 

Épilogue

Pages 293 à 296

 

Les États-Unis ayant pris soin depuis longtemps de verrouiller politiquement leurs alliés, aucune contestation ouverte n'a pu s'exprimer dans l'Union européenne. La dissidence est venue d'où on ne l'attendait pas.

 

Le Saint-Siège, qui n'a de cesse depuis l'élection de Benoît XVI de combattre la prétention de George W Bush à se proclamer chef de la chrétienté, pense le moment venu de mettre en cause le sionisme chrétien. Il encourage le patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Mgr Michel Sabbah, à publier une déclaration œcuménique. Elle est rendue publique, le 22 août 2006:

 

«Nous rejetons catégoriquement les doctrines chrétiennes sionistes comme des enseignements faux qui corrompent le message biblique de paix, de justice et de réconciliation.

De plus, nous rejetons l'alliance contemporaine des dirigeants chrétiens sionistes et d'organisations qui ont des éléments dans les gouvernements d'Israël et des États-Unis qui imposent actuellement leurs projets de frontières établies de manière préventives et unilatérales et de domination de la Palestine. Cela conduit inévitablement à des cycles de violence sans fin qui sapent la sécurité des peuples du Moyen-Orient et du reste du inonde (..).

Nous nous engageons dans la résistance non-violente comme le moyen le plus efficace de mettre fin à l'occupation illégale pour obtenir une paix juste et durable»

 

Vu l'importance de Mgr Sabbah au Vatican (il est un des rares prélats à avoir accès aux comptes bancaires) et vu la fermeté du texte, le geste est perçu à Washington et à Tel-Aviv comme une déclaration de guerre.

La riposte ne se fait pas attendre. Le pape est traité comme le président iranien: ses propos sont déformés pour susciter l'hostilité contre lui et renforcer le projet de choc des civilisations. Le jour choisi est le 12 septembre 2006, date d'ouverture à Astana (Kazakhstan) du deuxième congrès des leaders des religions mondiales 394, dont l'objectif principal est le rapprochement entre chrétiens et musulmans. Cette rencontre passera totalement inaperçue dans le contexte polémique. Une phrase extraite d'un discours prononcé le même jour par Benoît XVI à Ratisbonne (Allemagne) fait le tour du monde «Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l'épée la foi qu'il prêchait. »

 

Immédiatement, le Pakistan s'enflamme et l'incendie se propage dans le monde musulman. Or, cette phrase, loin de représenter la pensée du pontife romain, est une citation de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue dont Benoît XVI critiquait précisément la rudesse.

À Téhéran, on n'est pas dupe de la manipulation. Le Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, déclare que « l'arrogance mondiale cherche à exploiter les déclarations du Souverain pontife pour créer des crises et des tensions religieuses et pour provoquer des affrontements entre les adeptes des religions divines (..). Il est fort possible que le Souverain pontife se soit laissé tromper par des gens qui voulaient, ensuite, exploiter ses déclarations dans leurs propres buts En Palestine, des «musulmans » brûlent des églises chrétiennes. La journaliste israélienne Amira Hass commente dans Haaretz : «Six églises palestiniennes, dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie, ont été la cible de déprédations et de tentatives d'incendie, en réaction aux paroles du pape Benoît XVI. Des porte-parole palestiniens de tous horizons ont condamné ces attaques et rappelé que le peuple palestinien - chrétiens comme musulmans - est un et uni dans la lutte contre l'occupation. Dans les comptes rendus de ces attaques donnés par les médias palestiniens, les auteurs étaient qualifiés d' « anonymes ». Dans le sous-texte palestinien, « anonymes» rime avec « d'identité suspecte », expression qui, de son côté, avoisine une accusation à moitié cachée d'une implication de la Sécurité générale israélienne dans l'envoi d'agents provocateurs. À Toubas, où une tentative de mettre le feu à une église a échoué grâce à la vigilance des habitants, on pouvait entendre ouvertement posée l'hypothèse que le lanceur du cocktail Molotov était lié à l'occupation israélienne. »

Avec clairvoyance, les leaders religieux font preuve de sang-froid et refusent le rôle que les néoconservateurs les poussent à jouer. Au même moment, la fraternité d'armes des Libanais ouvre la voie à une « dé-confessionnalisation » de la vie politique, nouveau gage du respect des identités et des croyances. Le choc des civilisations n'aura pas lieu.

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